La gestion des déchets industriels constitue aujourd’hui un enjeu stratégique pour la Côte d’Ivoire. Le développement soutenu du tissu économique, qui compterait près de 5 000 entreprises industrielles formelles, s’accompagne d’une augmentation significative des volumes de déchets générés. Pour y répondre, les pouvoirs publics engagent une série de réformes réglementaires et numériques. Leur efficacité reposera sur une mobilisation coordonnée de l’ensemble des parties prenantes.
- État des lieux
Selon les données du Centre Ivoirien Anti-Pollution (CIAPOL), la production nationale de déchets industriels dépasserait 625 000 tonnes par an. Les projections indiquent que ce volume pourrait excéder un million de tonnes à l’horizon 2035.
Le principal point de vigilance concerne le traitement. Seuls 30 à 40 % de ces déchets seraient actuellement pris en charge par des opérateurs agréés. Le volume restant, estimé entre 375 000 et 440 000 tonnes par an, échapperait aux filières réglementées : brûlage à l’air libre, enfouissement non contrôlé ou rejet dans le milieu naturel, y compris dans la lagune Ébrié. Ces pratiques font peser des risques importants sur la santé publique, les écosystèmes et les populations riveraines.
- Cadre institutionnel et outils de pilotage
Le dispositif public s’articule autour de deux instruments principaux :
- L’Agence Nationale de Gestion des Déchets (ANAGED), chargée de mettre en œuvre la politique nationale en matière de déchets et d’harmoniser les pratiques avec le secteur privé.
- Le Système Intégré de Gestion et de Suivi des Déchets Industriels Dangereux (SIGSDID), plateforme numérique présentée comme opérationnelle depuis 2026. Il vise à assurer la traçabilité des déchets dangereux, de leur déclaration par les entreprises jusqu’à leur prise en charge par les centres de traitement agréés.
Ces outils constituent une avancée notable. Leur portée dépendra néanmoins de trois facteurs : le niveau d’adhésion des entreprises, les capacités de contrôle des autorités et leur déploiement effectif sur l’ensemble du territoire.
- Principaux enjeux
Trois contraintes limitent encore la mise en place d’une gestion pleinement conforme :
- L’insuffisance des infrastructures spécialisées. La fermeture de la décharge d’Akouédo a conduit à l’ouverture de nouveaux centres, notamment celui de Kossihouen. Le pays demeure toutefois sous-équipé en unités de traitement physico-chimique et d’incinération sécurisée des déchets dangereux.
- La place du secteur informel. Les garages, fonderies artisanales et casses automobiles génèrent des volumes importants d’huiles usagées et de métaux lourds, sans traçabilité. L’intégration progressive de ces acteurs aux circuits formels représente un levier majeur d’amélioration.
- Le coût de la conformité pour les PME. Le recours aux collecteurs agréés constitue une charge significative pour les petites et moyennes entreprises, ce qui peut favoriser des pratiques non conformes.
- Opportunités liées à l’économie circulaire
La valorisation des déchets ouvre des perspectives économiques concrètes. Plusieurs entreprises ont engagé des démarches RSE fondées sur le tri à la source et le recyclage. Un marché de la transformation se structure par ailleurs :
- Les déchets plastiques industriels sont réutilisés dans la fabrication de pavés et de tuyaux ;
- Les résidus agroalimentaires, issus notamment des filières cacao et palmier à huile, sont valorisés sous forme de biogaz et de compost.
Ces activités favorisent l’émergence de nouveaux métiers, le développement de l’entrepreneuriat vert et l’innovation locale. Les dispositifs d’incubation, la recherche appliquée et les concours d’innovation durable peuvent jouer un rôle d’accélérateur.
- Recommandations
Plusieurs axes d’action pourraient renforcer la dynamique engagée :
- Généraliser progressivement le SIGSDID et renforcer les moyens de contrôle sur l’ensemble du territoire ;
- Encourager l’investissement public et privé dans des infrastructures de traitement des déchets dangereux ;
- Mettre en place des mécanismes d’accompagnement des PME, tels que des incitations fiscales, des collectes mutualisées ou un dispositif de responsabilité élargie du producteur ;
- Accompagner la structuration des acteurs informels par la formation et l’organisation en coopératives ;
- Soutenir les projets de valorisation portés par les entreprises, les chercheurs et les jeunes innovateurs.
Conclusion
La Côte d’Ivoire amorce une transition d’une logique de gestion de crise vers une filière plus structurée et mieux encadrée. Les résultats obtenus restent à consolider, notamment en matière de couverture territoriale, de financement et d’inclusion de l’ensemble des acteurs. La réussite de cette transformation reposera sur une approche concertée associant pouvoirs publics, entreprises, collectivités, milieux de la recherche et société civile. Elle permettra de faire de la gestion des déchets industriels un véritable levier de croissance durable.
