La gestion des substances chimiques en Côte d’Ivoire s’impose aujourd’hui comme un enjeu stratégique majeur pour concilier le dynamisme économique national avec les impératifs de la santé publique et de la protection de l’environnement. Porté par une agriculture intensive et un secteur industriel en pleine expansion, le pays fait face à des flux croissants de matières potentiellement dangereuses. Pour encadrer ce cycle de vie complexe, l’État ivoirien déploie une approche globale qui articule un arsenal juridique rigoureux, des outils de surveillance modernes et une lutte continue contre les pollutions structurelles.

  1. Le cadre institutionnel et réglementaire

L’encadrement des produits chimiques s’appuie sur plusieurs entités et textes clés :

  • La Direction de la Gestion des Déchets Industriels et Substances Chimiques (DDISC) : C’est l’organe central rattaché au Ministère de l’Environnement, chargé de superviser directement l’ensemble de ces questions.
  • Le Code de l’eau (Loi 98-755) et la Loi 98-651 : Ces textes fondamentaux protègent la santé publique et les ressources naturelles contre les effets nocifs des polluants et des déchets industriels.
  • Le Décret n° 89-02 : Complété par des arrêtés ministériels stricts (incluant l’interdiction de 67 matières actives en agriculture), il régit spécifiquement l’agrément, la fabrication et la vente des pesticides sur le territoire.
  1. Modernisation et outils de contrôle

Pour faire face aux nouveaux défis environnementaux, la Côte d’Ivoire modernise activement la surveillance du secteur :

  • Le SIGSDID : Ce Système Intégré de Gestion des Déchets Industriels Dangereux est une plateforme numérique obligatoire pour les entreprises. Elle permet d’assurer une traçabilité complète et en temps réel des substances à haut risque, positionnant le pays parmi les pionniers de la gestion écologique en Afrique de l’Ouest.
  • Le Système Général Harmonisé (SGH) : Le pays s’active pour intégrer pleinement ces standards internationaux de classification et d’étiquetage des produits chimiques, facilitant ainsi la communication des dangers auprès des industriels et des utilisateurs finaux.
  1. Les principaux défis à relever

Malgré ces avancées notables, plusieurs chantiers prioritaires restent à consolider :

  • Les Polluants Organiques Persistants (POP) : La prise en charge des produits en fin de cycle contenant des substances complexes, comme les retardateurs de flamme bromés, reste difficile par manque de filières de recyclage spécifiques.
  • Les pesticides obsolètes : L’utilisation intensive de produits phytosanitaires dans le milieu agricole nécessite un contrôle continu et accru pour éviter la contamination durable des nappes phréatiques et des sols.
  • La gestion des déchets médicaux : Ces résidus biomédicaux hautement sensibles requièrent des techniques de traitement thermique ou de neutralisation très adaptées afin d’écarter tout risque sanitaire majeur pour les populations.